Traitement d’urgence des intoxications aiguës

La rapidité d’intervention lors de suspicion d’une intoxication est capitale. En effet, tout traitement, aussi juste soit-il, ne pourra être pleinement efficace que s’il a été instauré le plus précocement possible.

Le traitement d’urgence est basé sur trois points capitaux :

Élimination du toxique

– Instauration d’un traitement spécifique antidotique

– Maintien des grandes fonctions vitales

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I. L’élimination du toxique 

Dans le but d’éviter la pénétration du toxique dans la circulation sanguine et en fonction de sa voie de pénétration (cutanée ou digestive), on procédera à une décontamination soit cutanée soit digestive et à une élimination rénale.

 

        A. Décontamination cutanée 

Elle sera assurée par un lavage des téguments après rasage des poils, si possible, avec du savon de Marseille suivi de rinçage.

 

       B. Décontamination digestive 

Elle permettra de diminuer l’absorption digestive du toxique par son évacuation ou par sa neutralisation dans le tube digestif.

 

            1. Vomissement 

Etant donné que de nombreux toxiques sont absorbés dans l’intestin, l’induction du vomissement par des émétiques a une place importante. Lorsque l’intervention a lieu plus de 4 heures après l’ingestion il est inutile de faire vomir l’animal. Les substances émétiques à privilégier chez les carnivores sont l’apomorphine (formellement contre-indiquée chez le chat) et la xylazine ; on peut utiliser également l’eau oxygénée ou le sulfate de cuivre.

 

           2. Lavage gastrique 

Il s’agit de diluer le contenu stomacal avec 10 ml d’eau ou de soluté isotonique de NaCl, on répétera l’opération plusieurs fois jusqu’à ce que le liquide de rinçage soit clair. Ce lavage doit être pratiqué après anesthésie et mise en place d’une sonde intratrachéale.

 

            3. Evacuation manuelle 

Les méthodes décrites précédemment ne sont pas pratiquées chez les ruminants et les équidés. On pratiquera une gastrotomie avec une vidange manuelle du rumen chez les bovins et les ovins ainsi qu’une purgation.

 

            4. Purgatifs 

La vidange du tractus digestif est assurée par des substances qui ne favoriseront pas l’absorption du toxique. Les produits irritants ou favorisant la solubilisation des toxiques (huile végétale, lait) sont à proscrire.

 

            5. Adsorbants 

Les adsorbants permettent de réduire l’absorption des toxiques par formation de sels ou de composés insolubles.

Le charbon officinal activé est le plus efficace pour de nombreux toxiques, il est préférable de l’utiliser seul car tout médicament ou aliment diminue son efficacité (sauf le sulfate de sodium).

Les antidotes réputés « universels » tels que le lait, l’huile d’olive, l’eau albumineuse, les tanins et l’hydrate ferrique ne sont efficaces que dans un certain nombre de cas.

 

       C. Elimination rénale 

Le rein est l’organe principal dans l’élimination des substances toxiques. Il est donc capital de favoriser cette excrétion rénale par augmentation de la diurèse et parfois par modification du pH des urines dans le but de réduire la réabsorption tubulaire passive.

On pourra procéder à une polyurie osmotique par l’utilisation de solutés hyper-osmolaires ou par des substances à distribution extracellulaire par exemple : le soluté glucosé, le soluté de mannitol ou d’urée.

L’utilisation de diurétiques tels que le furosémide qui a une action rapide et intense et une toxicité faible peut être envisagée.

La diurèse forcée acide ou alcaline par modification du pH urinaire permet de réduire la réabsorption tubulaire, en effet, la forme ionisée n’est pas réabsorbable contrairement à la forme non ionisée.

Pour une diurèse forcée acide on utilisera le chlorure d’ammonium ou le chlorure d’arginine. Pour une diurèse forcée alcaline on utilisera le bicarbonate de soude.

La dialyse péritonéale est également envisageable lors d’insuffisance rénale.

 

II. Traitement spécifique 

L’existence de certains antidotes permet de sauver la vie de l’animal s’ils sont utilisés de manière précoce et lorsque, bien sûr, le toxique incriminé est connu.

L’EDTA permet de chélater certains métaux tels que le cuivre et le plomb.

Le dimercaprol chélate l’arsenic et le mercure.

Le thiosulfate de sodium permet la transformation des cyanures en thiocyanates non toxiques.

L’alcool éthylique bloque la transformation de l’éthylène glycol (présent dans les liquides antigels) en acide oxalique.

Les ions sulfates permettent l’élimination du cuivre.

La vitamine K et le P.P.S.B. entrent en compétition avec les anticoagulants coumariniques.

L’atropine bloque les récepteurs muscariniques aux inhibiteurs des cholinestérases (insecticides organo-phosphorés, carbamates).

Les produits à base d’oxime peuvent réactiver l’acétylcholinestérase bloquée par un inhibiteur des cholinestérases.

L’acide ascorbique ou le bleu de méthylène transforment la méthémoglobine non fonctionnelle oxydée par les toxiques méthémoglobinisants (chlorates, nitrates, aminophénols) en hémoglobine fonctionnelle.

Le diazépam agoniste du glycocolle permet de neutraliser les convulsions provoquées par la strychnine.

 

III. Traitement symptomatique 

C’est un traitement adjuvant ou parfois le seul recours du praticien.

 

Dr. Dahmane Mohammedi

Maître de Conférences A

Pharmacologie et Toxicologie Vétérinaire

ENSV d’Alger